Après un concert annulé en décembre, le groupe Audioslave revient pour un concert exceptionnel à l’Olympia le 14 janvier.
L’occasion d’écouter le très loquace guitariste de feu Rage Against The Machine.

A la fin de Rage Against The Machine certaines rumeurs ont couru sur le fait que vous aviez essayé B Real de Cypress Hill comme chanteur pour le groupe. Qu’en est il exactement ?
Tom Morello : B Real est un de nos très bons amis depuis longtemps et nous avons jammé une fois avec lui. C’était carrément génial de jouer avec lui, mais nous recherchions une autre voie musicale et nous ne voulions pas juste prendre un autre rappeur. Nous voulions plus un truc auquel les gens ne s’attendaient pas.

Et comment s’est passé la rencontre avec Chris Cornell ?
Nous nous sommes rencontrés sur la tournée Lollapalloza de 1996 où Rage jouait avec Soundgarden, on s’est tout de suite lié d’amitié avec lui, mais c’est au début de l’année 2001 quand l’idée d’un vrai groupe a germé qu’on a commencé à se voir pour bosser.

Pourquoi avoir commencé ce projet avec Chris sous le nom de Civillian et en avoir changé ?
En fait le nom n’a jamais été Civillian. C’était l’un des différents noms de travail, mais malheureusement à l’époque il y avait un tas de gens qui gravitaient autour de nous et qui extrapolaient sur l’avenir du groupe. Le seul nom que nous ayons choisi tous ensemble est Audioslave.

Vous avez annoncé à la presse que vous aviez eu des problèmes avec votre management, toi et Chris. Que s’est-il réellement passé ?
Chris avait un manager et Tim, Brad et moi en avions un autre et ces deux manager ne pouvaint pas s’encadrer l’un l’autre. Nous passions plus de temps à manager les managers qu’à nous concentrer sur la musique. Donc nous les avons tous virés et maintenant on peut se concentrer sur la musique.

Donc vous n’avez jamais splitté comme l’a dit la presse ?
En fait, Chris a eu une petite période où il voulait quitter le groupe, mais c’était essentiellement du aux problèmes qui venaient de l’exterieur.

Quand avez-vous vraiment commencé à travailler sur les chansons proprement dites ?
Probablement en février 2001, mais nous n’avions pas d’idées précise de ce que nous allions faire. On a écrit 21 chansons en 19 jours. On a vraiment passé du bon temps tous ensemble et quand on y regarde de près, après avoir écrit ces 21 chansons, nous étions clairement un groupe, nous allions clairement faire un disque.

Les 14 chansons de l’album font donc partie de ces 21 chansons dont tu parlais.
Oui. Les autres viendront ensuite d’une manière ou d’une autre, en face B, sur une B.O. de film ou sur le prochain disque. Nous avons passé beaucoup de temps à réfléchir à quelles chansons seraient sur l’album et dans quel ordre. Nous voulions qu’elles s’écoutent comme un tout… Tu sais les grands albums Led Zep IV ou London Calling des Clashs sont des albums que l’on peut écouter du début à la fin comme une pièce unique de musique. Nous voulions qu’il en soit de même pour le LP d’Audioslave.

Une démo a circulé sur le net, comment avez-vous réagi ?
Quelqu’un a volé une copie d’un Cd comprenant des démos très primitives et les a diffusés sur le net. C’est très frustrant pour nous car malheureusement, pour beaucoup de gens, c’était une première impression pas forcément concluante. Nous mettions tout notre coeur et notre énergie dans le disque pour que le public puisse l’écouter tel que nous pensions qu’il devait l’être. La démo disponible sur Internet ne reflétait pas du tout notre vision définitive de ces chansons. Elles n’ont vraiment rien en communs avec les versions de l’album. Donc à la fin de la journée quand vous avez acheté notre disque ou quand vous l’avez volé ou téléchargé, assurez vous que ce soient les bonnes chansons.

Pourquoi avoir annulé vos concerts à Paris le 9 decembre ?
Je ne savais même pas que l’on devait jouer…(rires). On a émis l’hypothèse de faire quelques dates en Europe avant la fin de l’année, mais rien de vraiment précis. Mais on jouera au début de l’année prochaine aux States et en Europe.

Les paroles de Chris semblent moins engagée que ce dont vous aviez l’habitude avec Rage. Elles sont plus introspectives. Etais-ce un besoin ?
Je pense qu’une des raisons pour lesquelles on voulait bosser avec Chris était non seulement parce qu’on adore sa façon de chanter, mais aussi pour ses paroles. Elles sont intelligentes, introspectives, existentielles. Pour moi il est important de continuer le combat pour la justice sociale et c’est pourquoi j’ai crée une organisation politique avec des mecs comme ceux de System Of A Down, appelée Axis of justice et tu peux en apprendre plus sur le site axisofjustice.org.

Le marketting autour d’audioslave est basé sur le fait que tu faisait partie de Rage Against The Machine et que Chris chantait dans Soundgarden, cela ne te gène t-il pas ?
On est un groupe tout neuf avec un nom tout neuf et un son tout neuf. On est vraiment fiers de notre histoire et c’est un moyen pour les fans de Rage et de Soundgarden de savoir qu’Audioslave, c’est ce que nous faisons maintenant. Ce n’est pas Rage, ce n’est pas Soundgarden, c’est un nouveau groupe à la recherche d’une nouvelle identité.

A l’heure actuelle, as-tu d’autre projets musicaux en vue ou t’impliques-tu à fond dans Audioslave ?
Oui, Audioslave est vraiment ma priorité, ce n’est pas un projet éphémère, nous sommes un vrai groupe et nous ferons d’autres disques.

Penses-tu pouvoir égaler en termes de notoriété, celle que tu as eu avec Rage ?
Oh, absolument, c’est du moins notre intention. Tu sais, nous n’avons aucun contrôle sur le nombre d’album que nous vendons, mais ce que nous contrôlons est la façon dont nous jouons notre musique et le fait que nous croyons en elle, en sa puissance et en son sens. Une fois que tu as réalisé cela, tu cherches une audience, mais notre seule responsabilité est, je pense, de faire de la musique dans laquelle nous croyons.

Donc tu continueras le groupe même si vous ne vendez aucun album ?
Oui, absolument. Quand nous avons commencé Rage Against The Machine tous ensemble, nous n’imaginions même pas que nous obtiendrions un contrat avec une maison de disque. Donc je ne me suis jamais inquiété pour les ventes de disques.

As-tu des nouvelles de Zach ?
J’ai cru comprendre qu’il bossait toujours sur son album solo, mais je n’ai rien entendu de ce qu’il a fait, ni quelle sorte de musique il fait. J’attends d’écouter ça ! Je crois qu’il était important pour chacun d’entre nous d’évoluer dans des directions différentes. Tu sais, le fait que Zach aie quitté le groupe a également été bénéfique car cela nous a donné l’opportunité de travailler avec Chris, ce qui est très enrichissant pour nous tous artistiquement parlant.

Penses-tu que vous allez pouvoir séduire le marché des fans de Sum 41 ou de Linkin Park ?
Rires… je ne sais pas grand-chose à ce propos, mais je suis très heureux que notre musique sonne… plutôt… différente que ces groupes et que ce que l’on peut entendre à la radio.

« Plutôt » différent ? Carrément différent tu veux dire ?
Yeah. Quand Rage est arrivé, il n’y avait rien de comparable à la radio. Quand Soundgarden est arrivé, il n’y avait rien de comparable à la radio. Maintenant, Audioslave arrive et il n’y a rien de comparable à la radio et j’aime cette chance que nous avons !

Crois-tu que ces gens qui écoutent ces groupes connaissent Rage et Soundgarden ?
Probablement que la plupart ne connaissent pas et je pense que c’est très bien comme ça. Il est important que la musique continue de changer et pour celà, il nous semble important d’annoncer Audioslave comme un tout nouveau groupe et non comme la réminiscence de Rage Against The Machine et Soundgarden. Et nous allons le montrer à tous ces groupes.

Te rends-tu compte que tu fais désormais partie de la légende du rock & roll ?
Rires… Avec Audioslave, ça reste à voir, mais je sais que le groupe dans lequel j’ai joué dans le passé a clairement eu un impact important dans les mentalités et j’espère pouvoir porter un nouveau drapeau avec Audioslave.

Propos recueillis par François Berthier, collaborateur de Grandrock, journaliste et photographe pour Rock Mag. Cette interview est parue dans ce magazine. Retrouvez, chaque mois, ses meilleurs entretiens en version non censurée…

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